Clermont Auvergne INP

Alain Quilliot et la naissance de l’ISIMA

Interview de Mr. Alain Quilliot, fondateur de l’ISIMA

Monsieur Quilliot, pourriez-vous nous offrir un aperçu détaillé de votre parcours académique et professionnel avant votre implication à l’Université Clermont Auvergne ?

Je m’appelle Alain Quilliot, professeur -émérite désormais, je suis à la retraite- à l’Université Clermont Auvergne.

J’ai fait mes études à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, à la suite de quoi j’ai pas mal bourlingué. J’ai démarré dans les lycées, j’ai passé mon doctorat en 1978, puis un doctorat d’État. J’ai travaillé un temps au lycée avant le service militaire. Oui, à l’époque il y avait le service militaire, un temps que vous ne connaissez pas 🙂

Oui c’est vrai, le service militaire a été suspendu en France en 1997, c’est intéressant d’entendre parler de cette époque que nous n’avons pas connue. Vous disiez ?

Comme je ne pouvais pas commencer quelque chose de durable avant de partir au service militaire, j’ai travaillé 2 ans au lycée, dans la région de Limoges puis je suis parti au Mexique, à l’Université Nationale Autonome de Mexico. Ensuite j’ai été professeur habilité aux États-Unis : je suis parti 4 ans à l’étranger.

Lorsque je suis rentré, j’ai eu un poste à l’Institut Nationale Polytechnique de Grenoble. C’était un poste de maître de conférences. En 1986 j’ai été nommé ici sur un poste de professeur. J’ai créé en 1989 un département de génie mathématique et modélisation à ce qui était le CUST, qui est devenu Polytech.

Puis j’ai été chargé de m’occuper de la création de l’ISIMA. J’en ai été directeur de 1993 jusqu’à 2007 et j’ai dans le même temps créé le laboratoire LIMOS, dont j’ai été directeur jusqu’en 2014.

Vous avez mentionné votre arrivée à Clermont en 1986. Pourriez-vous nous expliquer ce qui vous a conduit à la création de l’ISIMA ?

Oui, enfin j’y avais passé quelques années étant enfant j’y avais fait 5, 6 années de lycée.

D’accord, comment vous vous êtes dit que vous alliez créer une école d’ingénieur ?

En ce qui concerne, le génie mathématique au Polytech, c’était un petit peu par hasard, j’avais été affecté à la faculté des sciences et il se trouve que quand on m’a donné mon service, je me suis retrouvé avec des nombres extrêmement réduits d’étudiants notamment en maîtrise d’ingénierie mathématique.

Je leur ai proposé d’essayer d’exporter, de transformer ce diplôme d’ingénierie mathématique en une formation d’ingénieur en génie mathématique au CUST.

Pour l’ISIMA c’est un peu plus compliqué, là non plus, ce n’est pas moi qui ai décidé quoi que ce soit. Il y avait, dans les années 80 sur Clermont une situation assez compliquée d’un point de vue économique. Entre 1980 et 1991, il y a eu 7 plans de restructuration de la manufacture de Michelin. Et globalement, il faut savoir qu’au début des années 70 (j’étais encore en classe préparatoire), il y avait plus de 30 000 salariés Michelin à Clermont-Ferrand et une sous-traitance qui est assez importante.

A titre de comparaison, actuellement on doit être autour de 10 000 – 11 000 salariés Michelin sur Clermont-Ferrand. Mais le climat n’est plus celui du choc lié à un plan de restructuration.

Alors qu’à l’époque, le plan de 1991 a réellement fait l’effet d’un gros choc psychologique sur le site. Les élus, les acteurs économiques ont vraiment eu peur de voir se redessiner sur le site clermontois ce qui c’était passé en Lorraine avec l’effondrement de la sidérurgie à la fin des années 70, ou dans le Nord-Pas-de-Calais avec le double effondrement des activités minières et de la sidérurgie. Il y a donc eu une prise de conscience globale.

C’est dans ce contexte là qu’il y a eu l’idée (qui est venue d’ailleurs des cadres de la manufacture de Michelin eux-mêmes ! Elle n’est pas venue de moi !) d’essayer de rebondir à la fois en jouant sur les formations professionnalisantes (formations technologiques, sur la recherche technologique) et puis en jouant sur l’informatique -les nouvelles technologies de l’information, dont il était visible qu’elles allaient prendre de plus en plus de place dans la société.

Donc, si je comprends bien, la création de l’ISIMA a été en partie une réponse à la crise économique locale des années 80. Pourriez-vous nous parler plus en détail de la collaboration avec les différents acteurs locaux et des défis que vous avez rencontrés dans ce projet ambitieux ?

Donc il y a eu la conjugaison de ces deux facteurs pour dire « ça serait pas mal d’essayer de construire quelque-chose sur Clermont qui a une certaine consistance en matière de formation d’ingénieur, de formation technologique et si possible en matière de recherche technologique ».

J’ai trouvé le projet intéressant, j’ai tout de suite adhéré. J’étais convaincu qu’il fallait effectivement essayer de faire quelque chose qu’il y avait un vrai risque pour le site.

Je venais de Grenoble je savais à quel point l’Institut National Polytechnique, enfin le site grenoblois, s’était développé à partir des années 60. À la fois avec son monopole, ce qui était à l’époque son monopole sur l’informatique, et puis la structure INP, je savais à quel point Toulouse s’était développée aussi via le développement du site universitaire toulousain.

Ça m’a intéressé, j’ai fait savoir que je voulais participer à ce projet, mais ce n’est pas moi qui ai décidé tout d’un coup de faire un institut. Par contre j’ai fait ensuite des propositions, dont certaines ont été réalisées et d’autres non.

Vous avez mentionné l’importance des acteurs locaux dans la création de l’ISIMA. Pouvez-vous nous en dire plus sur les personnes clés et les institutions impliquées dans ce projet, ainsi que sur leurs rôles respectifs ?

Au départ donc c’est une initiative qui vient des acteurs du site. Il y a eu une sensibilisation des acteurs du site, au fait qu’il fallait faire quelque chose. Qu’il y avait un risque lié à un désengagement potentiel de la manufacture Michelin, tout au moins une mutation assez forte de la forme sur le site.

Après la façon de répondre à ça, elle n’était pas claire je dirais, dans la tête de la plupart des gens, notamment au niveau des politiques. Il y avait l’idée qu’il fallait faire quelque chose, l’idée qui n’a pas résisté très très longtemps face aux enjeux des rivalités politiques malheureusement. Bon mais il y a eu ce recteur nommé, j’ai été nommé à mon tour.

Et les gens qui ont ensuite vraiment créé l’école, ce sont des gens que vous connaissez, que vous avez pu fréquenter. Il y a eu tout de suite quelques recrutements effectués par là-dessus, typiquement on a fait venir Philippe Mahey, qui était à Grenoble à l’époque. Il y a eu des recrutements comme David Hill qui a été recruté aussi en 1993. Il y a eu une douzaine de personnes, treize exactement qui étaient au CUST et ont souhaité venir ici, pour porter cette nouvelle école.

Il y a eu aussi la manufacture Michelin mise à disposition de l’école, une secrétaire de direction qui s’appelait Christine Lotte qui était d’une très grande qualité, très appréciée, qui est restée trois ans. Il y a eu le président du conseil d’administration qui été nommé, il s’appelait Pierre Dupraz, c’était l’ancien responsable d’IBM. Il est resté, il était responsable d’IBM en local pendant très longtemps, je crois qu’il a pris sa retraite il y a relativement peu de temps, lui aussi s’est impliqué, il a joué un rôle.

Quels sont vos souhaits pour l’ISIMA ?

Que du bien, bien sûr ! Sans rire, il me semble après plus de 30 ans, que ce qui a permis à l’Institut de franchir ses caps les plus difficiles, c’est d’avoir su faire en sorte que ses étudiants y soient plutôt heureux, que leurs trois années à Clermont aient été pour eux l’occasion d’amitiés en même temps que celle d’un apprentissage, d’un métier bien sûr, mais aussi de l’autonomie et des relations humaines. Et cela a permis que pour les personnels aussi, les enseignants aussi bien que les technico-administratifs, les choses se soient elles aussi plutôt bien passées, malgré les conditions parfois un peu difficiles que l’École a pu par moments connaitre.

N’est-ce pas au fond là que se situe le plus important ? Après, si l’on veut aller plus avant, il faut certainement souhaiter que la construction de l’INP, qui avait fait partie du projet originel de l’ISIMA, fasse émerger de vraies synergies entre ses entités fondatrices et de vrais projets qui leur soient commun (les classes prépas intégrées sont sûrement une opportunité, mais également les partenariats industriels ou internationaux.

Il faut aussi que l’École parvienne à s’adapter aux différentes mutations en cours dans l’Enseignement Supérieur (Réforme des IUT, …) ;  J’émets encore le vœux qu’elle puisse saisir des occasions d’innover, et de se positionner sur les secteurs susceptibles de faire émerger de nouveaux besoins et de nouveaux métiers ;  Et enfin bien sûr, qu’elle maintienne son lien historiquement très fort avec la Recherche, formidable espace de liberté et de découverte pour des étudiants en début de carrière, ainsi qu’avec l’Économie Locale. Mais je ne me fais pas trop de souci à ce sujet : Je sais en effet l’Institut en de bonnes mains.

Alain Quilliot, fondateur de l’ISIMA, a été interviewé initialement par la gaZZette.
La gaZZette est le journal hebdo interne de l’école, tenu par une association étudiante dédiée investie – merci à eux pour leur contenus toujours de qualité ! 

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